
La crise des hydrocarbures que traverse notre pays ne saurait être réduite à un simple épisode conjoncturel. Elle est, en réalité, le résultat d’une combinaison de facteurs externes et de choix stratégiques internes dont nous payons aujourd’hui le prix fort.
Sur le plan international, les répercussions de la guerre du Golfe et la fermeture du détroit d’Ormuz ont brutalement rappelé la vulnérabilité de nos approvisionnements. Ces tensions géopolitiques, en perturbant les routes maritimes stratégiques, ont exposé notre dépendance aux importations dans un contexte de tensions sur les prix et les flux.
Sur le plan national, cette situation d’urgence a justifié un train de mesures drastiques, parmi lesquelles l’interdiction des véhicules tout terrain, décidée par le gouvernement. Une mesure symptomatique d’une gestion palliative, visant à réduire la consommation plutôt qu’à résoudre structurellement la question de l’approvisionnement.
Pourtant, il y a quelques années encore, notre pays disposait d’atouts considérables pour faire face à de telles crises. Nous avions une raffinerie, et surtout, nous avions noué une convention solide avec nos frères et voisins algériens. Cet accord devait garantir des quantités suffisantes pour couvrir l’intégralité de nos besoins en produits pétroliers. Il s’inscrivait dans une dynamique vertueuse de coopération maghrébine, gage de stabilité et de souveraineté énergétique partagée.
Un bref rappel historique s’impose ici. La raffinerie de Nouadhibou, construite par une société autrichienne Voest Alpine au milieu des années 1970 avec un investissement de 100 millions de dollars, devait être le fleuron de notre indépendance énergétique. Inaugurée en 1978, elle connut rapidement des difficultés techniques qui empêchèrent son exploitation normale. C’est alors que la coopération avec l’Algérie prit tout son sens : au milieu des années 1980, la société nationale algérienne NAFTAL fut chargée de sa réhabilitation, et le président Chadli Bendjedid vint lui-même inaugurer la raffinerie rénovée en 1987, scellant ainsi un partenariat stratégique entre les deux pays. Pendant plusieurs années, cet outil fonctionna, approvisionné par du brut algérien, et couvrit une partie substantielle de nos besoins nationaux.
Au lieu de développer et d’approfondir cette coopération régionale porteuse d’avenir, nous l’avons progressivement laissée s’éteindre. Une décision — ou plutôt une série de renoncements — dont nous mesurons aujourd’hui les conséquences. Les raisons invoquées à l’époque — vétusté de l’équipement, pertes financières — n’ont jamais fait l’objet d’une expertise contradictoire approfondie. Certains spécialistes mauritaniens soulignent encore aujourd’hui que la raffinerie, dotée d’une unité de désulfuration, présentait une complémentarité technique avec l’outil algérien et aurait pu, moyennant des investissements ciblés, continuer à jouer un rôle stratégique.
Face à la crise actuelle, force est de constater que l’arrêt de cette synergie avec l’Algérie et l’abandon de nos capacités nationales de raffinage nous ont privés d’un rempart essentiel. Là où une vision régionale intégrée aurait pu amortir les chocs extérieurs, nous voilà désormais livrés aux aléas du marché mondial et réduits à des mesures d’urgence aux effets limités.
Il est temps de tirer les leçons du passé. La sécurité énergétique ne se décrète pas dans l’urgence ; elle se construit dans la durée, par des infrastructures performantes et des alliances régionales solides. Renouer avec l’esprit de la coopération maghrébine et réinvestir dans nos outils de raffinage ne sont pas seulement des options : ce sont des nécessités pour garantir notre souveraineté et éviter que l’histoire ne se répète.
Seyid Mohamed Beibakar
Colonel à la retraite









