
POINTS CHAUDS - La situation que traverse notre pays ne se résume plus à des dysfonctionnements conjoncturels ou à des erreurs passagères. Elle est le résultat direct d’une mauvaise gouvernance structurelle et enracinée, qui a touché l’ensemble des rouages de l’État et profondément affecté la vie des citoyens.
La corruption, au lieu d’être combattue, s’est transformée en mode de gestion, en règle tacite, voire en condition implicite d’accès aux responsabilités. Quant au gaspillage et à la mauvaise gestion des deniers publics, ils se sont généralisés dans tous les secteurs sans exception, administration, économie, services publics et même appareil sécuritaire, au point de vider l’État de sa substance et d’entamer sa crédibilité.
Cette crise interne s’aggrave dans un contexte sécuritaire préoccupant aux frontières orientales et méridionales, où l’instabilité et les menaces transfrontalières se conjuguent avec l’absence d’une vision stratégique claire et intégrée.
Cette fragilité sécuritaire ne représente pas seulement un risque militaire ou géopolitique ; elle reflète, dans son essence, la faiblesse de l’État et son incapacité à exercer pleinement sa souveraineté, à garantir la sécurité des citoyens et à protéger l’intégrité du territoire national.
Par ailleurs, la question du Sahara s’impose comme l’un des dossiers les plus déterminants, à un moment où une solution semble prendre forme. Quelle que soit la nature de cette issue, ses répercussions politiques, économiques et sociales seront profondes et durables. Pourtant, au lieu de préparer l’opinion publique et d’ouvrir un débat national transparent et responsable, le pouvoir persiste dans une politique d’ambiguïté et d’opacité, alimentant ainsi l’inquiétude et approfondissant les divisions.
Au milieu de ces crises accumulées, la précarité du quotidien a atteint des niveaux sans précédent : chômage, cherté de la vie, dégradation des services essentiels et érosion du pouvoir d’achat. Une large frange de la population mène désormais une lutte quotidienne pour survivre.
L’État, censé garantir la justice sociale et l’intérêt général, est devenu quasi absent des secteurs vitaux — santé, éducation, logement et protection sociale. Cette absence n’est plus perçue comme une simple défaillance technique, mais comme un abandon manifeste des responsabilités et un mépris à l’égard des souffrances du peuple.
Dans ce contexte de crise, le pouvoir revient aujourd’hui avec un appel à un « dialogue national ». Mais la question fondamentale demeure : de quel dialogue s’agit-il ? Tous les indicateurs laissent penser qu’il ne s’agit ni d’un dialogue sérieux ni de l’expression d’une réelle volonté de réforme. Il apparaît plutôt comme une manœuvre politique visant à détourner l’attention de la classe politique et de l’opinion publique des véritables enjeux, à gagner du temps et à donner une illusion d’ouverture.
Plus encore, ce dialogue, dépourvu de garanties, d’objectifs clairs et de volonté politique sincère, ne menace pas seulement d’échouer ; il pourrait aussi approfondir les divergences au sein même de la classe politique, élargir le fossé des divisions et affaiblir toute opposition constructive.
Pis encore, il pourrait servir de couverture à de nouvelles pratiques d’exclusion, voire à la poursuite des voix critiques, tandis que les véritables centres de décision resteraient à l’abri de toute reddition de comptes.
Dès lors, loin de constituer une issue à la crise globale que traverse le pays, ce dialogue s’inscrit dans une logique de gestion autoritaire de la crise : un discours sans changement, une concertation de façade pour une exclusion réelle, et une invocation de la stabilité pour justifier l’injustice et les restrictions.
Le problème aujourd’hui ne réside pas dans le principe du dialogue en lui-même, qui fait consensus — mais dans sa nature, ses acteurs, ses références et les objectifs qu’il sert.
Sans rupture réelle avec la corruption, sans reconstruction des institutions de l’État, sans respect des libertés et sans écoute sincère des souffrances des citoyens, tout appel au dialogue restera un simple écran de fumée dissimulant l’échec d’un système arrivé à sa fin historique.









