
L’analyse parue dans Le Calame 1468, qui décrivait l’option d’une frappe préventive contre l’Iran comme « l’embrasement délibéré d’un conflit régional aux conséquences planétaires », a cessé d’être une hypothèse pour devenir, depuis le 28 février 2026, la plus tragique des réalités. Ce qui n’était qu’un scénario géostratégique s’est transformé en un conflit ouvert, écrivant son histoire avec le sang des soldats et la flambée des prix du pétrole. Une semaine après le début des frappes conjointes américano-israéliennes, le Moyen-Orient est en proie à une conflagration dont l’issue pourrait bien redessiner les contours du monde.
Le scénario redouté s’est matérialisé le 28 février. Comme l’envisageait l’analyse, le déclencheur n’a pas été une simple opération chirurgicale, mais une campagne de grande ampleur. Israël a confirmé une frappe « préventive » contre les capacités militaires iraniennes, immédiatement rejointe par les États-Unis. L’objectif affiché était clair : détruire l’industrie de missiles, les forces navales et les capacités nucléaires de Téhéran. L’un des points de bascule évoqués dans Le Calame — un constat d’échec diplomatique allié à une menace existentielle perçue par Israël — a été atteint, précipitant l’intervention américaine pour en garder le contrôle.
Mais très vite, le conflit a pris une tournure que même les scénarios les plus sombres peinaient à imaginer. Dès le 1er mars, les frappes ont atteint le cœur du pouvoir iranien. L’ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de la révolution iranienne, a été tué dans les bombardements, un événement d’une portée historique incommensurable qui a fait voler en éclats tous les calculs initiaux.
Comme la matrice géostratégique l’avait prévu, le conflit ne s’est pas confiné. Le cercle intérieur, celui du duel direct, a vu l’Iran riposter immédiatement par des vagues de missiles balistiques visant Israël et les bases américaines du Golfe, tandis que les forces américaines poursuivaient leurs frappes pour « dégrader » les défenses anti-aériennes iraniennes.
Presque simultanément, le cercle extérieur de l’axe de la Résistance est entré en action, conformément à la « logique de cercles concentriques » anticipée.
– Le Hezbollah libanais a rouvert le feu contre Israël de manière massive, lançant environ 100 roquettes et drones en une seule journée et menaçant directement la ville de Haïfa. Ses appels à l’évacuation des localités du nord d’Israël font craindre une répétition du scénario de 2024, mais à une échelle bien plus dévastatrice.
– Les Houthis yéménites ont intensifié leurs attaques en mer Rouge, ciblant à la fois des navires marchands et des bâtiments de guerre américains, tandis que les États-Unis ripostaient en frappant leurs installations à Sanaa.
– En Irak et en Syrie, les milices pro-iraniennes ont multiplié les assauts contre les positions américaines, élargissant encore la zone du conflit.
Les conséquences humanitaires et économiques, que l’analyse décrivait comme « cataclysmiques », sont déjà là. Le bilan humain est lourd : des centaines de morts, en Iran (dont de nombreux civils, comme ces écolières tuées dans un bombardement) et au Liban, où le système de santé est déjà submergé. L’AIEA a convoqué une réunion d’urgence, certains rapports faisant état de tirs ayant visé le site nucléaire de Natanz, ce qui fait planer la menace d’une catastrophe radiologique aux conséquences désastreuses.
L’économie mondiale subit le « choc historique » prédit. Le prix du baril s’est envolé, propulsé par la peur d’un blocage du détroit d’Ormuz. Cette flambée a immédiatement provoqué une onde de choc sur les marchés financiers : Wall Street a plongé, les investisseurs fuyant les actifs risqués et pariant sur une récession mondiale alimentée par une inflation incontrôlable.
La géopolitique régionale est en train de se recomposer à une vitesse fulgurante, sous nos yeux. Les monarchies du Golfe, prises en tenaille, sont devenues des cibles, avec des missiles frappant les Émirats, le Qatar et le Koweït. L’Égypte, la Jordanie et les pétromonarchies voient leurs opinions publiques s’embraser. Les États-Unis, cherchant à protéger leurs ressortissants, ont émis un ordre sans précédent : tous les Américains présents dans quatorze pays du Moyen-Orient doivent « partir immédiatement ». Ce signal est peut-être le plus fort : il acte l’effondrement de l’ordre sécuritaire que Washington garantissait depuis des décennies.
L’analyse du Calame concluait qu’« une telle guerre ne produirait aucun vainqueur, seulement des vaincus ». Huit jours après le début du conflit, cette prophétie est en train de s’accomplir. L’Iran est décapité mais pas soumis, animé d’une soif de vengeance. Israël, bien qu’ayant porté un coup historique, fait face à des fronts multiples et à des pertes inédites. Les États-Unis, englués dans ce bourbier, voient leur crédibilité et leur attention stratégique s’éloigner de l’Asie, au bénéfice de la Chine et de la Russie.
Une page de l’histoire est en train de s’écrire, et elle est couverte de sang et de ruines. L’analyse la plus lucide n’avait fait qu’entrevoir l’abîme dans lequel la région vient de basculer. La seule certitude, désormais, est que le monde d’après ne ressemblera en rien à celui que nous connaissions il y a seulement deux semaines.
Seyid Mohamed Beibakar
Colonel à la retraite









