
Afrimag — Face au défi du désenclavement, le Mali mise sur une transformation stratégique du fleuve Sénégal en corridor économique. Ce projet ambitieux, porté par l’État et ses partenaires, promet de redéfinir l’avenir commercial et social du pays, tout en renforçant l’intégration régionale.
L’accès direct du Mali à l’océan Atlantique, annoncé par le Président de la Transition, Assimi Goïta, marque une rupture historique. Ce projet ne se limite pas à une aspiration politique, il s’inscrit dans une vision géostratégique qui place le fleuve Sénégal au centre du développement national.
En collaboration avec l’Organisation pour la Mise en Valeur du fleuve Sénégal (OMVS) et la Société de Gestion et d’Exploitation de la Navigation (SOGENAV), le Mali vise une autonomie commerciale et une souveraineté renforcée.
Un chantier régional et financier colossal
Transformer le fleuve Sénégal en une voie navigable de plus de 900 km, reliant Ambidédi (Mali) à Saint-Louis (Sénégal), représente bien plus qu’un projet logistique. L’aménagement de chenaux et la construction de ports modernes ouvriront le Mali aux marchés internationaux, réduiront les coûts de transport et faciliteront l’exportation des ressources minières et agricoles. Cette nouvelle compétitivité est essentielle pour améliorer le pouvoir d’achat et fluidifier les importations.
Estimé à plus de 800 millions de dollars, le projet exige une gestion rigoureuse et transparente, ainsi qu’une mobilisation inédite des partenariats public-privé. Sa réussite dépend d’une coopération interétatique solide au sein du Sahel, transformant un défi technique en succès diplomatique et financier.
Trois phases pour une transformation durable
Le projet se déploie en trois étapes :
Phase 1 : Restauration de la navigation saisonnière, achevée en 2020.
Phase 2 : Construction de deux ports modernes, d’un chenal navigable, de huit escales fluviales et d’un chantier naval à Rosso Mauritanie.
Phase 3 : Ajout d’un port minéralier en eaux profondes et d’aménagements complémentaires.
Impacts économiques et sociaux majeurs
Le projet vise à intégrer le transport fluvial dans un système multimodal, stimulant les échanges commerciaux, l’agriculture, les industries et le tourisme. Il participera au désenclavement du Mali, du sud-est de la Mauritanie et du nord-est du Sénégal.
Pour le Mali :
Accès à la mer, développement des régions de l’Ouest, baisse des coûts de transport, diversification des voies commerciales, exploitation accrue des ressources naturelles, création d’emplois et réduction de l’exode rural.
Pour le Sénégal :
Valorisation du port de Dakar, désenclavement des localités riveraines, développement agricole et minier, exploitation touristique, baisse des coûts et création d’emplois.
Pour la Mauritanie :
Rentabilisation des ports de Nouakchott et Ndiago, intégration des localités riveraines, développement agricole et minier, valorisation touristique, baisse des coûts et création d’emplois.
Le projet du fleuve Sénégal incarne l’espoir d’un Mali ouvert sur le monde, capable de transformer ses contraintes géographiques en leviers de croissance et d’intégration régionale. Sa réussite dépendra de la synergie des États riverains et de la mobilisation de tous les acteurs économiques.
Par Drissa Traoré









