De la Fatiha au tapis rouge : chronique d’un deuil mis en scène.

En Mauritanie, présenter des condoléances n’est plus un acte de compassion : c’est un événement international. Une sorte d’Assemblée générale des Nations unies version bédouine, ou, pour être plus honnête, un vaste meeting politico-tribal sous couvert de deuil. Le ballet est bien rodé : responsables politiques en quête de visibilité, officiers bardés d’uniformes, hommes d’affaires opportunistes, chefs religieux de circonstance, notables autoproclamés et curieux professionnels défilent sans interruption.
La Fatiha et les douas ont été reléguées au rang d’accessoires facultatifs, remplacées par de longs poèmes performatifs où l’on célèbre moins le défunt que la prestance des vivants. Les Zeidanes ont cédé la place aux hommes en uniforme, devenus les nouvelles muses de l’éloge funèbre, pendant que le deuil se transforme en concours de diction, d’ego et de positionnement symbolique.
Ce qui, jadis, se limitait à trois jours de recueillement s’étire désormais sur des semaines entières de rassemblements, de discours non dits et de va-et-vient frénétiques sur un tapis rouge improvisé. À force, on ne sait plus s’il s’agit d’un enterrement ou d’une avant-première hollywoodienne : poignées de main chorégraphiées, apparitions calculées et exploitation méthodique de la douleur collective à des fins de prestige personnel.
Même Donald Trump et Vladimir Poutine étaient pressentis parmi les invités, drapés dans leurs daraas diplomatiques. Ils ont finalement préféré décliner l’invitation, jurant d’attendre le prochain décès pour prendre le micro et nous réciter, avec gravité, des poèmes en anglais et en russe histoire de respecter la diversité linguistique du deuil-spectacle national.
SY ABDOULAYE.